26 novembre 2008

Entre père et fille: Chapitre 1

depressiv2






Histoire Originale
Relation Familiale/Drame
POV (point of view): ...

Entre père et fille 
(où le jeu du chat et de la souris) :


Le Verdict

Je déteste les hôpitaux. C’est blanc, c’est triste, ça sent la morphine et la mort à plein nez, et quand cette odeur se faufile dans mes narines, j’ai envie de gerber. Et puis, il faut l’avouer, les infirmières ne sont pas toujours aussi sensuelles que dans les séries télé. C’est pour toutes ses raisons là que je n’ai pas prit d’abonnement. Qu’est-ce qu’il y a de plus horrible que ces hôpitaux,  accueillant à bras ouvert la faucheuse ? Je n’ai pas encore trouvé, même si j’ai déjà frôlé l’horreur de près. Mais je ne blâme tout de même pas les médecins. Ils sont là pour sauver des vies, on ne peut pas leur en vouloir. Et pourtant, quand on vient dans les hôpitaux, on est mort de peur, tristes, souffrant. Mise à part lors des sorties des patients chanceux, personne ne crie de joie ici.  Les seules fois où j’ai mis les pieds dans cet hôpital, « Le Chu » de Montpellier, c’est lors de l’accouchement de ma femme. J’étais anxieux, stressé dans la salle d’attente, vidant en moins de quelques heures un paquet de cigarette entier. Trois jours plus tard, je ressortais de cette infrastructure, le sourire béat aux lèvres, avec dans mes bras la petite fille la plus jolie du monde. La deuxième et dernière fois que je suis venu, c’est quand ma gamine était tombée du cerisier du jardin. Ce fut la panique, on l’avait emmené en urgence pour lui mettre un plâtre. Mais jamais je n’avais agonisé en silence alors qu’un de mes proches était sur une table d’opération, et jamais je n’avais pleuré toutes les larmes de mon corps alors qu’un médecin vient me déclarer l’air grave : « Je suis désolé, on a fait tout ce qu’on a pu… » Cette phrase est horrible. Elle fait basculer en quelques secondes la montagne d’espoir qu’on avait pu secrètement monter… Et fait basculer une vie entière.

« _ Mr Duclos, le docteur  vous attend dans son bureau. »

Je me levai, et suivait cette assistante à lunette. Je m’appelle Eric Duclos, j’ai 46 ans. Pauvre homme divorcé d’une femme superbe, père de la plus belle et la plus chiante ado du monde. Un homme ordinaire, se demandant constamment de quoi serait fait le lendemain et si les impôts pourront être payés. Se battant chaque jour contre le jet de la douche, abonné au journal du 20h avec une pizza quatre fromages, célibataire endurci. Ma fille dit que je suis un sale con. C’est peut-être ça le truc qui ne va pas chez moi…

L’assistante cogna son poing trois fois contre la porte, attendit l’accord du médecin et ouvrit la porte, la fermant derrière moi. Le docteur m’accueillit avec un sourire, et m’indiqua la chaise en face de son bureau pour que je m’asseye. Le docteur était un petit homme au visage hâlé, il n’était plus très jeune, des cheveux blancs se dispersant sur son crâne à moitié rasé. Ses vêtements étaient négligés montrant, comme le dirait Sherlock Holmes, qu’il n’avait pas de femme. Mais je ne m’attardai pas sur ce genre de détail, attendant le verdict qui allait rapidement tombé.

« _ Alors, Mr Duclos… »

Il fit mine d’ouvrir quelques dossiers, mais je savais pertinemment qu’il repoussait l’échéance. Je le sentais. En effet, j’étais venu quelques semaines plus tôt faire des examens. J’étais en proies à des toux fréquentes qui duraient plusieurs mois. A cela, s’ajoutaient pertes de conscience et vomissement. Ça ne m’a pourtant pas alerté le moins du monde : étant pompier, je suis souvent en proie a des toux après un sauvetage. La fumée des incendies s’ajoutant au fait que j’avais été il y a quelques années de cela un grand fumeur. Donc, naturellement, je n’ai pas vraiment prêté attention à tout ça. Mais un ami médecin m’ordonna d’aller faire immédiatement des examens à l’hôpital, usant d’arguments très convaincants. Donc le verdict était tombé, j’allais apprendre à quoi m’en tenir.

« _ Mr Duclos, autant que je sois franc avec vous… »

Et effectivement, il n’y alla pas par quatre chemins : un cancer. J’avais un cancer suffisamment grave pour qu’il soit fatal. Un cancer des poumons. Une opération ? Ce ne serait pas possible, les cellules cancéreuses s’étaient déjà propagées dans les deux poumons. La tumeur était trop développée déjà. Pour combien de temps j’en avais ? Deux mois au mieux, un an au pire. Au pire ? Oui au pire, car un cancer, c’est tout sauf une cour de récréation.

L’entretient avec le médecin Lechaux dura un peu plus d’une heure. Il me recommanda de la chimiothérapie et me prépara un arrêt de travail. Je sortis du cabinet, vide de pensées, de sentiments, d’envies.

J’allais mourir. J’avais quarante six ans, et ma vie allait s’arrêter là. Au Moyen-Âge, atteindre les quarante ans était un exploit, mais à notre époque, on est encore dans la fleur de l’âge. Ma vie aura été un désastre, une catastrophe naturel sans que je ne puisse y remédier. Je n’aurais pas connu mes petits-enfants, ni joué dans un groupe de jazz comme je l’avais toujours rêvé. Je devais dire adieu à cette vie qui ne se limitait qu’à mon appartement, la caserne ou le bistrot quelques soirs. Je n’aurais jamais de chance avec la jolie serveuse du café en face de chez moi, je n’aurais jamais pu faire les choses les plus folles, les plus absurdes qui pimentent le quotidien. Sur ma tombe, on écrirait : Ici repose Eric Duclos, malheureux homme marié avec sa pizza quatre fromages. Peut-être que ma fille me traiterait de sale con le jour de mon enterrement, si elle est de bonne humeur ou qu’elle n’oublie pas de venir. Un échec. Ma vie était un Echec. J’avais tellement de choses à faire, tellement de choses à vivre. Ça ne pouvait pas s’arrêter ainsi…

Je marchais pendant longtemps dans les rues de Montpellier, longeant les façades sans savoir où j’allais, ce que je faisais, comme un clochard perdu et vide de sentiment. Les gens s’écartaient à mon passage, certains me donnèrent une pièce, les yeux remplis de pitié. J’étais vide et déjà mort. Il n’y avait rien à faire, à part prendre ces foutus médicaments. J’offrais à un innocent poteau un coup de pied, pour me soulager. Je rentrai chez moi en boitant, et m’installa devant la télé en zappant jusqu’au programme de vingt heure, comme tous les jours, sans ma pizza quatre fromages. Sauf qu’on n’était pas tous les jours.

Dans deux mois, je ne serais plus.

A suivre...


Posté par Harue à 20:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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